TRANSFERT
DE TECHNOLOGIES
Le
professeur qui traduit l'écrit en son
A la tête de LATL.ch,
Eric Wehrli travaille sur la voix de synthèse. «Notre force, dit-il,
c'est que nous sommes des linguistes, pas des ingénieurs.»
Aline
Yazgi
6 janvier 2000
Toutes les entreprises technologiques créées ne sont pas issues des
sciences. Preuve par les lettres: c'est dans cette faculté qu'Eric Wehrli
travaille. Le professeur de linguistique et d'informatique, spécialiste
du traitement automatique des langues, a mis au point avec son équipe un
logiciel d'analyse et de phonétisation. Le but? Transformer l'écrit en
son. Un domaine aux débouchés nombreux. «De tels outils peuvent être
utilisés par les malvoyants, les personnes désireuses d'entendre leur
messagerie électronique, les conducteurs qui ont un système de
navigation dans la voiture leur permettant d'aller sur Internet...»
Des secteurs en croissance, mais auxquels le professeur genevois ne veut
pas se limiter. «La synthèse de voix constitue un premier pas, mais
tout système de traitement de langue nécessite des connaissances
linguistiques poussées.» Et de rêver à une application fort intéressante:
«Combiner traduction et voix.» Par exemple, lire en allemand un
texte rédigé en italien. Ce pour quoi la société créée récemment,
mais commençant officiellement ses activités ces jours, est armée: elle
livre ses produits dans les trois langues nationales et en anglais. «En
faisant réaliser le business plan, nous nous sommes rendu compte que les
éditeurs de logiciels, nos clients, ne pouvaient pas se contenter d'une
seule langue.»
LATL.ch, puisque tel est son
nom (pour Laboratoire d'analyse et de technologie de la langue, société
anonyme créée par Eric Wehrli et son collègue Luka Nerima), n'est pas
la seule à travailler sur ce passionnant domaine qu'est la voix de synthèse.
«Notre force, c'est que nous sommes des linguistes, non des ingénieurs»,
rétorque Eric Wehrli. Et qui dit linguiste, dit analyse syntaxique,
hautement utile pour que l'ordinateur puisse identifier les mots, leurs
catégories grammaticales et les rapports qu'ils entretiennent entre eux.
Exemple classique: la machine doit pouvoir prononcer correctement «les
poules du couvent couvent». Ce qui implique qu'elle distingue le
verbe du substantif, orthographié de manière identique (ce que les
instruits qualifient d'homographes hétérophones...).
Mais pourquoi ce professeur
a-t-il décidé de créer sa société? Pour l'aventure, assurément, mais
aussi pour contribuer au financement de ses travaux linguistiques, car «en
milieu académique il est de plus en plus difficile de financer de telles
recherches».
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